La méthode pour booster son cerveau

À l’occasion de la parution de son livre Je booste mon cerveau, publié chez Larousse, nous avons rencontré Mélissa Kemel, neuropsychologue exerçant à Paris. Nous lui avons demandé de partager des conseils concrets pour mieux comprendre, stimuler et optimiser nos capacités cognitives. Mémoire, attention, apprentissage, concentration, prise de décision : autant de compétences essentielles aussi bien dans la vie quotidienne que devant un échiquier. Dans cet entretien exclusif accordé aux lecteurs d’Échecs & Stratégie, Mélissa Kemel éclaire les mécanismes du cerveau à la lumière des dernières connaissances en neuropsychologie et livre des pistes pratiques pour progresser durablement. Une rencontre passionnante à la croisée de la science du cerveau, de l’apprentissage et de la performance cognitive. Découvrez la méthode pour booster son cerveau mais également son Elo !

La méthode pour booster son cerveau par Mélissa Kemel

Mélissa Kemel est neuropsychologue à Paris et l’auteure de nombreux ouvrages de référence sur le cerveau aux éditions Larousse

Pour commencer, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous expliquer ce qui vous a conduit à devenir neuropsychologue puis à écrire 𝐉𝐞 𝐛𝐨𝐨𝐬𝐭𝐞 𝐦𝐨𝐧 𝐜𝐞𝐫𝐯𝐞𝐚𝐮 ?

On nous demande d’apprendre dès l’enfance, mais on nous apprend rarement comment apprendre. C’est probablement ce qui m’a conduite vers la neuropsychologie.

Je suis neuropsychologue et ce qui me passionne dans mon métier, c’est d’aider les personnes à mieux comprendre leur fonctionnement. Dans mon cabinet, je rencontre beaucoup d’enfants, d’adolescents et de jeunes adultes qui ont fini par se convaincre qu’ils sont « nuls », qu’ils manquent de capacités ou qu’ils ne réussiront jamais.

Pourtant, lorsque l’on prend le temps d’évaluer leur fonctionnement cognitif, on découvre souvent tout autre chose : des ressources bien présentes, mais aussi des stratégies d’apprentissage inadaptées ou une méconnaissance de leur propre fonctionnement.

Ce que j’aime le plus dans mon métier, c’est ce moment où le regard change. Quand une personne comprend que ses difficultés ne définissent pas son intelligence et qu’elle possède plus de ressources qu’elle ne le pensait.

C’est cette envie de transmettre qui m’a poussée à écrire Je booste mon cerveau. Je voulais rendre accessibles au plus grand nombre les connaissances issues des neurosciences sur l’attention, la mémoire, le langage ou le raisonnement, dans un langage simple et concret.

Au fond, mon livre porte un message très simple : nos capacités ne sont pas figées. Lorsqu’on comprend mieux comment fonctionne son cerveau, on apprend souvent mieux, mais surtout, on porte un regard plus juste et plus bienveillant sur soi-même.

Votre livre s’intitule Je booste mon cerveau. Existe-t-il réellement des méthodes simples et scientifiquement validées pour améliorer ses capacités cognitives au quotidien ?

Je booste mon cerveau !

Afin de booster et de renforcer notre cerveau, Mélissa Kemel, neuropsychologue, a écrit un ouvrage de 70 exercices progressifs, variés et ludiques pour entretenir les grandes fonctions cognitives. Découvrez Je booste mon cerveau, itinéraire d’un défi cognitif !

Oui, mais probablement pas de la manière dont on l’entend souvent.

Lorsque l’on parle de « booster son cerveau », beaucoup imaginent des solutions miracles. Pourtant, les neurosciences montrent que les leviers les plus efficaces sont souvent les plus simples.

Le premier est le sommeil. Je le répète souvent en consultation : un cerveau fatigué est un cerveau qui apprend moins bien. Pendant la nuit, les informations sont triées, consolidées et stockées durablement en mémoire. On peut faire tous les exercices du monde, si le sommeil est négligé, les bénéfices resteront limités.

Le deuxième levier est l’attention. Sans attention, il n’y a pas de mémorisation efficace. Dans un monde saturé de notifications et de sollicitations, apprendre à protéger son attention est devenu un véritable enjeu.

Enfin, il existe des stratégies d’apprentissage dont l’efficacité est scientifiquement démontrée : faire des liens avec ce que l’on connaît déjà, utiliser des images mentales, se tester régulièrement plutôt que relire passivement ses notes ou encore espacer les révisions dans le temps.

Mais s’il y a une idée essentielle que j’aimerais transmettre, c’est que nos capacités ne sont pas figées. Le cerveau évolue en fonction de ce que nous lui demandons de faire. Plus nous l’entraînons de manière adaptée, plus il développe de nouvelles connexions et de nouvelles stratégies.

C’est d’ailleurs ce que j’observe quotidiennement dans ma pratique. Beaucoup de personnes pensent manquer de mémoire ou de capacités, alors qu’elles sous-estiment souvent l’impact de leur fatigue, de leur stress ou de leurs habitudes de travail.

Finalement, « booster son cerveau », ce n’est pas transformer son cerveau. C’est apprendre à mieux le comprendre et à lui offrir les conditions dont il a besoin pour exprimer pleinement son potentiel.

La méthode pour booster son cerveau : les joueurs d’échecs doivent mémoriser des ouvertures, reconnaître des schémas tactiques et calculer de nombreuses variantes. Quels sont, selon vous, les mécanismes cérébraux les plus sollicités lors d’une partie d’échecs ?

Les échecs sont un formidable exemple de la complexité du fonctionnement cérébral, car ils mobilisent simultanément plusieurs fonctions cognitives de haut niveau.

La méthode pour booster son cerveau

La première est l’attention. Pendant une partie, le joueur doit rester concentré sur l’échiquier, filtrer les distractions et maintenir son attention parfois pendant plusieurs heures. Cette capacité est essentielle, car une simple baisse de vigilance peut suffire à laisser échapper une menace ou une opportunité tactique.

La mémoire joue également un rôle majeur, mais il ne s’agit pas uniquement de mémoriser des ouvertures. Les joueurs expérimentés développent progressivement une immense bibliothèque de positions, de schémas tactiques et de configurations stratégiques. Lorsqu’ils analysent une position, ils ne repartent pas de zéro : leur cerveau reconnaît des motifs déjà rencontrés et active automatiquement des connaissances acquises au fil des années.

La mémoire de travail est également fortement sollicitée. C’est elle qui permet de garder temporairement plusieurs informations en tête et de manipuler mentalement différentes variantes. Lorsqu’un joueur calcule plusieurs coups à l’avance, il doit imaginer des positions futures, comparer différents scénarios et actualiser constamment ses hypothèses. C’est un véritable exercice de gymnastique mentale.

Les fonctions exécutives sont elles aussi au cœur du jeu. Elles interviennent dans la planification, l’anticipation, la prise de décision et la flexibilité cognitive. Un joueur doit élaborer un plan, l’adapter lorsque la position évolue et parfois abandonner une idée séduisante lorsqu’il découvre qu’elle conduit à une impasse.

Beaucoup de parents inscrivent leurs enfants aux échecs dans l’espoir de développer leur intelligence. Que nous dit aujourd’hui la recherche scientifique sur les bénéfices cognitifs de la pratique des échecs ?

La recherche scientifique est aujourd’hui plus nuancée qu’on ne l’était il y a quelques années. Les études ne montrent pas que jouer aux échecs rend automatiquement plus intelligent ou augmente directement le quotient intellectuel.

En revanche, elles montrent que la pratique régulière des échecs sollicite de nombreuses fonctions cognitives.

Lors d’une partie, le joueur doit analyser une situation complexe, envisager plusieurs options, inhiber des réponses impulsives, anticiper les conséquences de ses choix et s’adapter en permanence aux actions de son adversaire. Ce sont des compétences qui sont également utiles dans de nombreuses situations de la vie quotidienne et scolaire.

Mais ce qui me semble particulièrement intéressant en tant que neuropsychologue, c’est que les échecs apprennent aussi à gérer l’erreur. On ne progresse pas sans perdre des parties. On ne progresse pas sans analyser ses erreurs. Dans une société où beaucoup d’enfants ont peur de se tromper, les échecs offrent un cadre où l’erreur fait naturellement partie de l’apprentissage.

Pour illustrer cette nuance, j’apporterais volontiers un exemple personnel. À la maison, c’est surtout le papa de mon fils qui transmet la passion des échecs. Lorsqu’il était enfant, il a participé à de nombreuses compétitions et c’est naturellement lui qui a souhaité faire découvrir ce jeu à notre fils.

De mon côté, même si je suis aujourd’hui neuropsychologue, les échecs ne m’ont jamais particulièrement attirée. Et, à vrai dire, mon fils ne semble pas non plus particulièrement accrocher !

Je trouve que cet exemple rappelle une chose essentielle : il ne faut pas forcer un enfant à pratiquer une activité sous prétexte qu’elle est réputée bonne pour son cerveau. Les échecs peuvent être un formidable outil de développement pour certains enfants, mais ils ne sont ni une condition de réussite ni un passage obligé.

Si je devais encourager les parents à proposer les échecs à leurs enfants, ce ne serait pas pour en faire de futurs grands maîtres ou parce que cela garantirait leur réussite scolaire. Ce serait plutôt pour leur offrir une activité qui développe la réflexion, la concentration, la patience et la persévérance.

Mais si l’enfant préfère la musique, le sport, le dessin, ou toute autre activité qui le passionne, c’est tout aussi précieux. Ce qui nourrit le cerveau, ce n’est pas seulement l’activité elle-même, c’est aussi le plaisir, la motivation et l’engagement que l’on y met.

La méthode pour booster son cerveau : la concentration est l’une des qualités essentielles aux échecs. Quels conseils donneriez-vous à un joueur qui peine à rester attentif ? Ceci pendant une longue partie ou une séance d’entraînement.

La concentration est effectivement une qualité essentielle aux échecs, mais je crois qu’il est important de nuancer cette idée. Lorsque l’on imagine un joueur d’échecs devant son échiquier durant plusieurs heures, on pourrait supposer qu’il reste concentré à 100 % du début à la fin. En réalité, aucun cerveau humain ne fonctionne ainsi.

La méthode pour booster son cerveau

En neuropsychologie, nous distinguons plusieurs mécanismes attentionnels. Il y a l’attention soutenue, qui permet de rester engagé dans une tâche sur la durée, l’attention sélective, qui aide à filtrer les distractions, mais aussi la vigilance, c’est-à-dire la capacité à rester disponible pour détecter une information importante lorsqu’elle apparaît.

Je pense que c’est précisément cette notion de vigilance qui permet de comprendre comment les joueurs d’échecs parviennent à tenir pendant de longues parties. Ils ne sont pas dans un état de concentration maximale pendant plusieurs heures. En revanche, ils maintiennent un niveau de vigilance suffisant pour rester connectés à la partie et mobiliser pleinement leurs ressources cognitives lorsque la situation devient complexe ou stratégique.

D’ailleurs, une partie d’échecs alterne naturellement des moments différents. Certaines positions exigent un calcul très poussé et une réflexion intense. D’autres permettent davantage de souffler mentalement. Le cerveau passe donc constamment d’une phase à l’autre.

C’est pourquoi je dirais à un joueur qui peine à rester attentif qu’il ne doit pas chercher à être concentré parfaitement tout le temps. C’est un objectif irréaliste et souvent décourageant. Il est plus utile d’apprendre à reconnaître les moments où son attention décroche et à développer des stratégies pour se recentrer.

Je lui conseillerais également de développer des routines de recentrage. Aux échecs, lorsque l’esprit commence à vagabonder, revenir à des questions simples comme : « Que menace mon adversaire ? », « Quel est mon plan ? » ou « Quelle est la priorité dans cette position ? » permet fréquemment de retrouver rapidement le fil de sa réflexion.

Au fond, ce qui distingue généralement les meilleurs joueurs n’est pas l’absence de moments de distraction. C’est leur capacité à repérer ces fluctuations naturelles de l’attention et à se remobiliser rapidement lorsque la situation l’exige.

La méthode pour booster son cerveau : dans votre pratique de neuropsychologue, observez-vous des habitudes communes chez les personnes qui apprennent rapidement et retiennent durablement les informations ?

Contrairement à ce que l’on imagine, les personnes qui apprennent rapidement ne sont pas forcément celles qui ont la meilleure mémoire ou les capacités intellectuelles les plus élevées.

Dans ma pratique, j’observe surtout qu’elles ont développé de bonnes stratégies d’apprentissage. Elles cherchent à comprendre plutôt qu’à apprendre mécaniquement. Notons qu’elles font des liens avec ce qu’elles connaissent déjà, organisent les informations et les reformulent avec leurs propres mots.

Elles savent également que relire un cours dix fois n’est pas forcément efficace. Se tester, expliquer une notion à quelqu’un d’autre ou essayer de retrouver une information en mémoire demande plus d’effort, mais c’est souvent ce qui permet d’apprendre durablement.

J’observe aussi que les personnes qui retiennent bien les informations utilisent souvent des supports visuels : schémas, cartes mentales, couleurs ou représentations graphiques. Notre cerveau retient généralement mieux ce qui est structuré et organisé.

Enfin, elles comprennent qu’apprendre demande du temps. On ne mémorise pas tout en une seule fois. Les connaissances doivent être réactivées régulièrement pour s’ancrer durablement dans la mémoire. Finalement, les personnes qui apprennent le mieux ne sont pas forcément celles qui ont le cerveau le plus performant. Ce sont souvent celles qui ont compris comment leur cerveau apprend.

Les échecs sont fréquemment décrits comme une « salle de sport pour le cerveau ». Cette comparaison vous semble-t-elle pertinente ? Quels exercices mentaux recommanderiez-vous en complément des échecs pour entretenir ses capacités cognitives ?

La méthode pour booster son cerveau

Je vais peut-être nuancer un peu cette comparaison. Oui, les échecs sont une excellente salle de sport pour le cerveau. Mais, comme dans une salle de sport, aucune machine ne suffit à elle seule. Certaines font travailler les jambes, d’autres les bras, le dos etc. Pour le cerveau, c’est exactement la même chose.

Les échecs sollicitent de nombreuses fonctions cognitives. C’est une activité particulièrement riche.

Mais, aucune activité, à elle seule, ne permet de tout entraîner. Le cerveau aime la diversité. Lire, apprendre une langue étrangère, jouer d’un instrument de musique, pratiquer une activité artistique ou découvrir une nouvelle compétence sollicitent également des capacités cognitives complémentaires.

Ce que nous savons aujourd’hui grâce aux neurosciences, c’est que notre cerveau continue d’apprendre et de s’adapter tout au long de la vie.

Chaque fois que nous découvrons quelque chose de nouveau, que nous nous entraînons ou que nous sortons de nos habitudes, nous renforçons certaines connexions entre nos neurones. C’est ce que l’on appelle la plasticité cérébrale.

Mais, si je devais donner quelques recommandations pour entretenir son cerveau, je ne parlerais pas uniquement d’exercices cognitifs et de mon livre. Les piliers les plus importants sont souvent les plus simples : bien dormir, bouger régulièrement, gérer son stress, rester curieux et maintenir des interactions sociales de qualité.

Enfin, je pense qu’il ne faut pas oublier une chose : le meilleur exercice pour le cerveau est souvent celui que l’on a plaisir à pratiquer. Une activité abandonnée au bout de quelques semaines, même réputée excellente pour le cerveau, sera moins bénéfique qu’une activité que l’on pratique avec enthousiasme pendant des années.

Finalement, les échecs sont une très belle machine dans la salle de sport du cerveau, mais ils ne sont pas la seule. Pour entretenir durablement ses capacités cognitives, il est préférable de varier les entraînements et de continuer à apprendre tout au long de sa vie.

La peur de l’erreur bloque parfois la progression des joueurs. Que nous apprend la neuropsychologie sur le rôle de l’échec dans l’apprentissage et le développement de l’expertise ?

La méthode pour booster son cerveau

L’erreur fait partie intégrante de l’apprentissage. Pourtant, beaucoup de personnes la vivent comme une preuve de leur incapacité.

En consultation, je rencontre souvent des enfants, des adolescents ou des adultes qui ont tellement peur de se tromper qu’ils préfèrent parfois ne pas essayer. Derrière cette peur se cachent souvent des croyances très fortes : « Si je me trompe, c’est que je ne suis pas capable » ou « Si j’échoue, c’est que je ne suis pas intelligent ». Or, apprendre implique nécessairement une part d’incertitude. Accepter de ne pas réussir du premier coup, c’est souvent le premier pas vers la progression.

Pourtant, les neurosciences nous montrent que lorsque nous faisons une erreur et que nous en prenons conscience, notre cerveau détecte un écart entre ce qu’il attendait et ce qui s’est réellement produit. Cet écart est une information précieuse qui lui permet d’ajuster ses stratégies et de progresser.

Les échecs illustrent parfaitement ce mécanisme. Aucun joueur ne progresse sans perdre des parties. Aucun joueur ne devient expert sans analyser ses erreurs. Ce ne sont pas seulement les victoires qui font progresser, mais souvent les erreurs que l’on comprend et que l’on corrige.

La méthode pour booster son cerveau

Mais ce qui me semble particulièrement intéressant, c’est le rôle des émotions. Ce n’est pas l’erreur qui bloque l’apprentissage. C’est souvent l’émotion que nous associons à l’erreur.

Lorsqu’une erreur est vécue comme une catastrophe ou une preuve d’incompétence, elle peut freiner la progression. À l’inverse, lorsqu’elle est perçue comme une information utile, elle devient un formidable moteur d’apprentissage.

C’est d’ailleurs ce que j’explique souvent: une erreur est une information, pas un jugement sur leur intelligence.

Bien sûr, cela ne signifie pas que l’erreur est agréable. Perdre une partie importante ou constater que l’on s’est trompé peut être frustrant. Mais cette frustration peut devenir un moteur si elle s’accompagne d’une réflexion constructive : « Qu’est-ce que je peux apprendre de cette situation ? » plutôt que « Qu’est-ce que cette erreur dit de moi ? »

Finalement, l’expertise ne se construit pas malgré les erreurs. Elle se construit grâce à elles. Les meilleurs joueurs d’échecs, comme les meilleurs musiciens, sportifs ou scientifiques, ne sont pas ceux qui ont le moins échoué. Ce sont fréquemment ceux qui ont appris à transformer leurs erreurs en opportunités de progression.

La méthode pour booster son cerveau : nous vivons dans un monde saturé de notifications et de sollicitations numériques. Quels effets observez-vous sur notre attention et notre mémoire, et comment peut-on s’en protéger ?

50 astuces pour doper votre attention et votre concentration

C’est une question qui me préoccupe beaucoup.

Depuis toujours, chaque génération s’inquiète de l’impact des nouvelles technologies sur le cerveau. Mais, selon moi, nous assistons aujourd’hui à quelque chose d’assez inédit.

Ce ne sont plus seulement les écrans qui occupent notre attention, ce sont aussi les notifications, les réseaux sociaux, les vidéos courtes, les messages instantanés et toutes ces sollicitations qui viennent constamment interrompre notre activité.

Notre cerveau n’a pas été conçu pour gérer autant de stimulations simultanées.

Le problème n’est pas uniquement le temps passé devant un écran. C’est surtout la fragmentation permanente de notre attention. Nous commençons une tâche, une notification apparaît. Parfois, nous lisons un article, puis nous regardons un message. Nous essayons de nous concentrer, mais notre attention est sans cesse attirée ailleurs.

Or, le cerveau adore la nouveauté. Chaque notification, chaque nouveau contenu, chaque vidéo déclenche un petit signal de récompense qui nous pousse à revenir encore et encore vers ces sollicitations. C’est un cercle qui peut rapidement devenir difficile à interrompre.

La méthode pour booster son cerveau

À long terme, cette habitude peut rendre plus compliques les tâches qui demandent un effort attentionnel prolongé : lire un livre, apprendre une leçon, suivre un cours ou rester concentré sur une activité pendant une longue période.

La mémoire est également concernée. Pour mémoriser une information, il faut d’abord lui accorder de l’attention. Si nous sommes interrompus en permanence, l’encodage devient moins efficace. Ce n’est pas forcément notre mémoire qui fonctionne moins bien, c’est souvent notre attention qui n’a pas eu le temps de faire son travail.

Pour autant, je ne pense pas qu’il faille diaboliser les écrans. Ils font désormais partie de notre quotidien et offrent aussi de nombreuses opportunités d’apprentissage, de communication et d’accès à l’information.

L’enjeu est plutôt d’apprendre à reprendre le contrôle de notre attention.

Concrètement, cela peut passer par des gestes simples : désactiver certaines notifications, éviter de consulter son téléphone en permanence, prévoir des moments sans écran, ou encore s’accorder des périodes de travail où l’on se consacre à une seule tâche à la fois.

Finalement, je crois que la question n’est pas de savoir comment supprimer les écrans de nos vies, mais comment protéger notre attention dans un environnement qui cherche constamment à la capter. Aujourd’hui, l’attention est devenue une ressource précieuse. Apprendre à la préserver est probablement l’une des compétences les plus importantes que nous puissions transmettre aux jeunes générations.

La méthode pour booster son cerveau : les meilleurs joueurs d’échecs semblent capables de prendre de bonnes décisions sous pression. Existe-t-il des techniques permettant d’améliorer sa prise de décision dans des situations complexes ou stressantes ?

Les meilleurs joueurs d’échecs ne prennent pas de bonnes décisions parce qu’ils ne ressentent pas de stress. Ils prennent de bonnes décisions parce qu’ils ont appris à décider malgré le stress.

D’un point de vue neuropsychologique, il est important de comprendre qu’un peu de stress n’est pas forcément mauvais. Lorsqu’une situation est importante, notre organisme libère notamment de l’adrénaline. Cette hormone augmente notre vigilance et prépare notre cerveau à l’action. À dose modérée, elle peut même améliorer nos performances.

Le problème apparaît lorsque le stress devient excessif. Notre attention se rétrécit, notre raisonnement devient moins flexible et nous avons davantage tendance à prendre des décisions impulsives. L’objectif n’est donc pas de supprimer le stress, mais d’apprendre à le réguler.

Notre cerveau est une formidable machine à décider. Chaque jour, nous prenons des milliers de décisions, souvent sans même nous en rendre compte. Aux échecs, en revanche, chaque décision a des conséquences visibles et immédiates, ce qui rend le processus de réflexion beaucoup plus apparent.

C’est pourquoi la première stratégie consiste souvent à ralentir avant d’agir. Sous pression, nous cherchons parfois à répondre trop vite. Pourtant, prendre quelques secondes pour observer la situation, revenir aux faits et clarifier le problème permet souvent d’améliorer la qualité de la décision.

Une autre difficulté fréquente est la recherche de la décision parfaite. Or, dans la vie comme aux échecs, nous devons souvent décider avec des informations incomplètes. L’objectif n’est pas de trouver le coup parfait, mais le meilleur choix possible avec les informations dont nous disposons à cet instant.

L’expérience joue également un rôle essentiel. Plus nous sommes confrontés à des situations variées, plus notre cerveau construit des repères qui facilitent les décisions futures. C’est notamment pour cette raison que les grands joueurs d’échecs semblent parfois prendre certaines décisions avec une étonnante rapidité : ils reconnaissent des schémas déjà rencontrés et s’appuient sur une immense expérience accumulée au fil des années.

Enfin, il me semble important de rappeler qu’une bonne décision n’est pas forcément une décision qui conduit immédiatement au succès. Ce qui compte avant tout, c’est la qualité du raisonnement qui a conduit à cette décision.

Finalement, les meilleurs joueurs d’échecs ne sont pas ceux qui ne ressentent jamais de stress. Ce sont souvent ceux qui ont appris à utiliser cette énergie sans se laisser envahir par elle, à accepter l’incertitude et à continuer à réfléchir avec lucidité malgré la pression.

La méthode pour booster son cerveau : si vous deviez donner trois habitudes concrètes à adopter dès aujourd’hui pour garder un cerveau performant à tout âge, quelles seraient-elles ?

Si je devais seulement retenir trois habitudes, elles seraient finalement assez simples.

La première serait d’adopter une bonne hygiène de vie cérébrale. Cela passe notamment par un sommeil de qualité, une activité physique régulière et une bonne gestion du stress. Ce sont des piliers essentiels du fonctionnement cognitif et pourtant souvent négligés.

La deuxième serait de continuer à apprendre tout au long de sa vie. Le cerveau aime la nouveauté. Lire, découvrir de nouveaux sujets, apprendre une langue, développer une compétence ou simplement sortir de ses habitudes permet de stimuler ce que l’on appelle la plasticité cérébrale, c’est-à-dire la capacité du cerveau à s’adapter et à évoluer.

Enfin, je dirais : rester curieux. Les personnes qui vieillissent le mieux sur le plan cognitif ne sont pas forcément celles qui ont le plus de connaissances, mais souvent celles qui continuent à s’intéresser au monde, à poser des questions et à avoir envie d’apprendre.

Au fond, prendre soin de son cerveau n’est pas si compliqué. Il faut lui offrir de bonnes conditions de fonctionnement, continuer à le stimuler et conserver l’envie de découvrir. Ce sont des habitudes simples, accessibles à tous et dont les bénéfices s’accumulent tout au long de la vie.

Les neurosciences permettront-elles un jour de mieux comprendre ce qui distingue un grand maître d’échecs d’un joueur amateur, ou une part de ce mystère restera-t-elle toujours liée au talent, à l’intuition et à l’expérience ?

Les neurosciences ont déjà permis de mieux comprendre ce qui distingue les experts des débutants. Contrairement à une idée reçue, les grands maîtres ne possèdent pas nécessairement une intelligence ou une mémoire extraordinaires dans tous les domaines.

Ce qui les distingue surtout, c’est l’immense expérience accumulée au fil des années. Leur cerveau a progressivement construit une véritable bibliothèque mentale de positions et de schémas de jeu. Face à une situation complexe, ils reconnaissent rapidement des configurations déjà rencontrées, ce qui leur permet d’orienter plus efficacement leur réflexion.

Cela me fait penser à la série Le Jeu de la dame, qui illustre très bien la construction de l’expertise. Derrière ce qui ressemble parfois à du génie ou à un talent inné, on découvre surtout des milliers d’heures de pratique, d’entraînement, d’erreurs et d’apprentissages.

L’intuition, d’ailleurs, n’a rien de magique. Lorsqu’un grand joueur semble « voir » immédiatement le bon coup, son cerveau reconnaît souvent inconsciemment des schémas déjà rencontrés. Cette intuition est bien souvent le résultat d’années d’expérience devenues automatiques.

Pour autant, je pense qu’il faut rester humble. Les neurosciences nous permettent de mieux comprendre comment se construit l’expertise, mais elles ne résumeront probablement jamais un grand maître à quelques connexions neuronales ou à une simple image cérébrale.

Finalement, ce qui est fascine dans les échecs comme dans de nombreux domaines, c’est cette rencontre entre la science et la singularité humaine. Les neurosciences expliquent une partie du chemin, mais chaque joueur construit sa propre manière d’apprendre, de penser et de progresser.

La méthode pour booster son cerveau

Pour consulter Mélissa Kemel sur Doctolib

Merci beaucoup Mélissa pour cet entretien exclusif sur la méthode pour booster son cerveau pour les lecteurs d’Échecs & Stratégie

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