Pourquoi jouer aux échecs peut améliorer votre concentration au travail

Vous commencez une tâche importante. Vous ouvrez votre ordinateur. Puis une notification apparaît. Voyons pourquoi jouer aux échecs peut améliorer votre concentration au travail.

Pourquoi jouer aux échecs peut améliorer votre concentration au travail

Le monde des échecs pleure la disparition de Boris Spassky. Le 10ᵉ champion du monde restera dans les mémoire l'un des plus grands joueurs de tous les temps. Véritable prodige, Spassky est devenu grand maître à 18 ans. Il a remporté le titre de champion du monde d'échecs en 1969. Connu pour son style de jeu universel et ses matchs inoubliables, Spassky a laissé une marque indélébile sur le jeu.

Un e-mail.
Un message Teams.
Une alerte LinkedIn.
Un SMS.
Et, cinq minutes plus tard, vous ne savez plus exactement ce que vous étiez en train de faire.

La concentration au travail est devenue une véritable compétence professionnelle. Pour un salarié, un manager ou un étudiant en Master RH, savoir maintenir son attention sur une tâche complexe peut faire la différence entre une journée productive et une journée passée à courir après les sollicitations.

Et si le jeu d’échecs pouvait nous apprendre à mieux gérer notre attention ?

C’est l’une des raisons pour lesquelles les échecs sont particulièrement intéressants dans le monde professionnel. Sur un échiquier, vous ne pouvez pas réellement jouer en multitâche. Vous devez observer, sélectionner les informations importantes, éliminer les distractions, calculer et décider.

Autrement dit : vous devez apprendre à concentrer votre attention là où elle est utile.

Aux échecs, le premier travail consiste à… regarder

Pourquoi jouer aux échecs peut améliorer votre concentration au travail

Les échecs permettent de structurer l’intelligence, de développer la mémoire et d’élaborer des stratégies gagnantes dans le jeu d’échecs mais aussi au-delà, dans la vie personnelle et professionnelle.

Avant de réfléchir à votre prochain coup, vous devez comprendre la position.

Où sont les pièces ?

Quel est le danger immédiat ?

Quelles sont les cases importantes ?

Quelle pièce est mal placée ?

Que menace votre adversaire ?

Cette phase d’observation paraît simple. Elle ne l’est pas.

Les recherches sur les mouvements oculaires des joueurs d’échecs montrent que l’expertise modifie la manière dont les joueurs sélectionnent l’information pertinente. Les joueurs expérimentés ne regardent pas simplement davantage l’échiquier : ils savent plus rapidement où regarder.

Une étude publiée dans Psychological Science a notamment montré que les experts aux échecs disposent d’un avantage dans l’encodage visuel de positions structurées : ils réalisent moins de fixations et orientent davantage leur regard vers les éléments pertinents de la position.

Une étude plus récente publiée en 2024 dans Frontiers in Psychology retrouve également des différences liées au niveau d’expertise dans les stratégies visuelles utilisées pour résoudre des problèmes échiquéens. Les experts présentent notamment un nombre total de fixations plus faible sur l’ensemble de l’échiquier tout en utilisant des stratégies de recherche visuelle plus ciblées.

C’est une première leçon directement transposable au travail :

être concentré ne signifie pas regarder tout. Cela signifie savoir ce qui mérite votre attention.

Échecs et concentration : apprendre à filtrer l’information

Dans une entreprise, le problème n’est généralement pas le manque d’information.

C’est l’inverse.

Nous avons trop d’informations.

Boîte mail, messageries instantanées, visioconférences, tableaux de bord, notifications, réseaux sociaux, documents partagés…

Le salarié moderne évolue dans un environnement informationnel extrêmement dense.

Or notre attention est une ressource limitée.

Une notification n’est donc pas simplement un petit message qui apparaît dans un coin de l’écran. Elle peut provoquer une véritable interruption de l’activité cognitive en cours.

Des travaux consacrés aux interruptions dans les environnements numériques montrent que celles-ci peuvent augmenter le temps nécessaire à la réalisation d’une tâche et accroître le nombre d’erreurs. Dans certaines expériences, l’interruption d’une tâche principale a entraîné une hausse du temps de réalisation comprise entre 3 % et 27 % et environ deux fois plus d’erreurs.

D’autres recherches menées auprès de travailleurs du savoir soulignent également les effets des interruptions et des messageries instantanées sur l’activité professionnelle.

Le problème n’est donc pas nécessairement la technologie.

Le problème est notre capacité à lui donner en permanence le droit de détourner notre attention.

C’est précisément ici que le parallèle avec les échecs devient intéressant.

Sur l’échiquier, vous devez apprendre à distinguer :

  • l’information importante ;
  • l’information secondaire ;
  • la menace immédiate ;
  • la possibilité stratégique ;
  • ce qui peut attendre.

Au travail, c’est exactement le même principe.

Le joueur d’échecs apprend à ne pas répondre à toutes les sollicitations

Imaginez un manager qui prépare une présentation stratégique pour son comité de direction.

Il reçoit un message.

Il répond.

Puis un autre.

Il consulte son téléphone.

Il revient à son PowerPoint.

Une collègue entre dans son bureau.

Il répond à un e-mail.

Puis il tente de reprendre son raisonnement.

À la fin de l’heure, il a été très actif.

Mais a-t-il réellement travaillé sur sa priorité ?

Aux échecs, ce fonctionnement serait catastrophique.

Votre adversaire joue un coup. Vous ne pouvez pas répondre immédiatement sans analyser la position.

Vous devez prendre quelques secondes pour effectuer votre contrôle de sécurité :

Qu’est-ce qui a changé ?

Puis :

Qu’est-ce qui est réellement important ?

Enfin :

Quelle décision dois-je prendre ?

Cette séquence peut devenir une véritable méthode de concentration professionnelle.


Trois situations professionnelles où les échecs peuvent servir de modèle

1. Le manager face à une décision importante

Un manager doit choisir entre plusieurs options.

Recruter ?

Réorganiser ?

Investir ?

Reporter ?

Aux échecs, le joueur expérimenté ne joue pas le premier coup qui lui vient à l’esprit.

Il observe la position.

Puis, il identifie les menaces.

Ensuite, il recherche plusieurs candidats.

Enfin, il compare les conséquences.

Puis il choisit.

La transposition professionnelle est évidente : ne pas confondre rapidité et précipitation.

Un manager concentré n’est pas nécessairement celui qui répond le plus vite.

C’est celui qui sait accorder suffisamment d’attention aux décisions qui le méritent.

2. Le salarié qui doit produire un travail complexe

Prenons maintenant un salarié qui doit rédiger une note, préparer une analyse financière ou construire une présentation.

Il peut consacrer 90 minutes à cette tâche.

Mais si ces 90 minutes sont constamment interrompues, il ne dispose pas réellement de 90 minutes de concentration.

Il dispose d’une succession de fragments d’attention.

La différence est considérable.

Une bonne pratique consiste donc à créer des blocs de concentration, pendant lesquels les notifications non urgentes sont désactivées.

C’est une sorte de « partie lente » professionnelle.

Pendant 30 ou 45 minutes, on joue un seul coup : la tâche prioritaire.

3. L’étudiant en Master RH

Pour un étudiant en Master RH, la compétence est particulièrement intéressante.

Lire un article scientifique, préparer un mémoire, analyser une situation sociale ou construire une présentation nécessite de maintenir plusieurs informations en mémoire tout en poursuivant un raisonnement.

Les échecs constituent ici une métaphore pédagogique très efficace.

Une position échiquéenne oblige le joueur à :

  1. observer ;
  2. mémoriser ;
  3. sélectionner ;
  4. comparer ;
  5. anticiper ;
  6. décider.

Ce sont précisément des étapes que l’on retrouve dans de nombreuses activités intellectuelles.


Échecs et entreprise : la concentration comme compétence managériale

La concentration ne concerne donc pas uniquement les collaborateurs.

Elle concerne aussi les managers.

Un manager qui consulte son téléphone pendant une réunion envoie implicitement un message à son équipe : cette réunion n’est pas suffisamment importante pour mériter toute mon attention.

À l’inverse, un manager pleinement présent crée les conditions d’une meilleure attention collective.

C’est un point essentiel en RH.

La concentration est à la fois une compétence individuelle et une question d’organisation du travail.

L’entreprise peut agir sur plusieurs leviers :

  • réduire les interruptions inutiles ;
  • mieux organiser les réunions ;
  • protéger des plages de travail sans sollicitations ;
  • clarifier les priorités ;
  • limiter les notifications ;
  • encourager le travail réellement concentré ;
  • former les managers à la gestion de leur propre attention.

Sur Échecs & Stratégie, nous avons déjà exploré cette approche dans [notre article consacré à la concentration en entreprise avec le jeu d’échecs].

Le parallèle avec la stratégie d’entreprise est également intéressant : aux échecs comme dans une organisation, il faut savoir distinguer ce qui est urgent de ce qui est important, identifier les priorités et concentrer ses ressources là où elles auront le plus d’impact.


Ce que les échecs peuvent réellement apporter à la concentration

Attention toutefois à ne pas tomber dans une promesse excessive.

Dire que « jouer aux échecs rend plus intelligent » ou que « les échecs améliorent automatiquement la concentration au travail » serait scientifiquement trop simpliste.

Les études sur l’expertise échiquéenne montrent très clairement que les joueurs expérimentés développent des capacités spécifiques de perception, de reconnaissance de configurations et de sélection de l’information pertinente dans le domaine des échecs.

Mais cela ne signifie pas automatiquement que toutes ces compétences se transfèrent directement à toutes les situations professionnelles.

C’est une distinction essentielle.

Les échecs entraînent d’abord des compétences dans le contexte du jeu.

Le transfert vers le monde professionnel dépend notamment de la manière dont l’expérience est accompagnée, expliquée et mise en relation avec les situations de travail.

C’est pourquoi l’intérêt des échecs en entreprise réside autant dans la pratique du jeu que dans la mise en perspective pédagogique.

Jouer une partie est une chose.

Comprendre ce que cette partie peut nous apprendre sur notre manière de décider, de prioriser ou de gérer notre attention en est une autre.


Une méthode en 6 étapes pour utiliser les échecs afin de mieux travailler sa concentration

Vous n’avez pas besoin de devenir joueur de tournoi pour commencer.

Voici une méthode simple.

1. Commencez par 10 à 15 minutes

Une partie rapide ou quelques exercices tactiques suffisent.

L’objectif n’est pas la performance.

L’objectif est d’entraîner votre attention.

2. Jouez sans notifications

Pendant votre partie, désactivez les notifications.

Observez la différence.

Vous constaterez rapidement à quel point une attention non interrompue change votre expérience.

3. Avant chaque coup, faites une pause

Demandez-vous :

« Qu’est-ce qui a changé dans la position ? »

Au travail, cette question devient :

« Quelle est la priorité réelle maintenant ? »

4. Cherchez trois possibilités

Aux échecs, ne vous contentez pas du premier coup venu.

Cherchez plusieurs candidats.

Au travail, faites la même chose avant une décision importante.

5. Analysez après coup

Une fois la partie terminée, revenez sur vos décisions.

Pourquoi avez-vous choisi ce coup ?

Qu’avez-vous oublié ?

À quel moment votre attention s’est-elle relâchée ?

Cette pratique développe une forme de métacognition : vous apprenez à observer votre propre manière de réfléchir.

6. Transposez la méthode au travail

Choisissez chaque jour une tâche nécessitant une forte concentration.

Bloquez 30 à 45 minutes.

Coupez les notifications.

Une seule priorité.

Puis faites un bref bilan :

Ai-je réellement été concentré ?

C’est là que le jeu d’échecs devient un véritable outil de réflexion professionnelle.


Les échecs, une salle de sport pour l’attention ?

La comparaison est séduisante, mais elle mérite d’être nuancée.

Les échecs ne sont pas une « salle de sport du cerveau » magique.

Ils constituent plutôt un environnement particulièrement riche pour exercer certaines fonctions cognitives : perception, attention, mémoire de travail, reconnaissance de configurations, raisonnement et prise de décision.

La neuropsychologue Mélissa Kemel rappelle d’ailleurs qu’il faut distinguer plusieurs mécanismes attentionnels : l’attention soutenue, l’attention sélective et la vigilance. Elle souligne également qu’un cerveau humain ne peut pas rester concentré à 100 % pendant plusieurs heures sans fluctuation.

Dans [notre entretien consacré à la méthode pour booster son cerveau], elle explique notamment pourquoi la concentration aux échecs ne doit pas être comprise comme un état permanent de focalisation.

Cette nuance est importante pour les professionnels.

L’objectif n’est pas d’être concentré toute la journée.

L’objectif est de savoir quand concentrer son attention, sur quoi, et pendant combien de temps.


Pourquoi les échecs intéressent particulièrement les professionnels des RH

Pour les directions des ressources humaines, le jeu d’échecs présente un intérêt supplémentaire.

Il permet de travailler sur plusieurs dimensions simultanément :

  • attention ;
  • prise de décision ;
  • anticipation ;
  • gestion du temps ;
  • résolution de problèmes ;
  • analyse des erreurs ;
  • coopération ;
  • stratégie.

Il constitue également une activité facilement adaptable aux différents niveaux.

Un débutant peut apprendre les règles.

Un joueur confirmé peut travailler une position complexe.

Et un groupe peut ensuite réfléchir collectivement aux enseignements de la partie.

C’est cette dimension qui rend le jeu particulièrement intéressant dans les formations professionnelles.

Depuis plusieurs années, j’utilise d’ailleurs la métaphore des échecs dans mes interventions sur la stratégie d’entreprise et le management.

L’intérêt pédagogique est immédiat : lorsqu’on place un manager devant un échiquier, on peut rendre visibles des comportements qui sont parfois abstraits dans une salle de formation.

Que faites-vous lorsque votre plan ne fonctionne plus ?

Comment réagissez-vous face à un imprévu ?

Prenez-vous le temps d’observer avant d’agir ?

Savez-vous renoncer à une bonne idée lorsqu’elle n’est plus adaptée ?

Et surtout : savez-vous concentrer votre attention sur le problème réellement important ?


La concentration au travail commence peut-être par une question très simple

La prochaine fois que vous ouvrez votre ordinateur pour travailler sur une tâche importante, posez-vous simplement cette question :

« Quel est mon échiquier aujourd’hui ? »

Quelles sont les informations importantes ?

Et quelles sont les distractions ?

Quelle est ma priorité ?

Quel est le prochain coup ?

Puis, comme aux échecs, prenez le temps d’observer avant d’agir.

Dans un monde professionnel où tout semble devoir aller toujours plus vite, cette capacité à ralentir quelques secondes pour mieux décider devient paradoxalement une véritable compétence.

Le joueur d’échecs le sait depuis longtemps :

on ne gagne pas une partie en jouant le plus vite possible.

On progresse en apprenant à regarder juste.

Et au travail, c’est peut-être la même chose.


FAQ – Échecs et concentration au travail

Est-ce que jouer aux échecs améliore la concentration ?

Les recherches montrent que l’expertise aux échecs est associée à des stratégies spécifiques de recherche visuelle et de sélection de l’information pertinente dans les tâches échiquéennes. En revanche, il faut rester prudent avant d’affirmer un transfert automatique de ces capacités vers toutes les activités professionnelles.

Combien de temps faut-il jouer aux échecs pour travailler sa concentration ?

Il n’existe pas de durée universelle démontrée. Une pratique régulière de 10 à 20 minutes peut toutefois constituer un rituel intéressant, notamment lorsqu’elle est associée à une réflexion sur l’attention et les distractions.

Les échecs sont-ils utiles en entreprise ?

Oui, ils peuvent constituer un support pédagogique pour travailler notamment la prise de décision, l’anticipation, la stratégie, la gestion du temps et la concentration. Leur intérêt dépend cependant du dispositif pédagogique et des objectifs poursuivis.

Les échecs peuvent-ils aider les managers ?

Ils peuvent servir de métaphore et de support d’entraînement pour réfléchir à la décision, à l’anticipation, à la gestion des priorités et à l’adaptation face aux imprévus.

Comment améliorer sa concentration au travail ?

Commencez par protéger des périodes de travail sans interruption, désactivez les notifications non urgentes, définissez une priorité claire et regroupez les tâches qui nécessitent une attention similaire.

Pourquoi les échecs sont-ils intéressants pour les étudiants en Master RH ?

Parce qu’ils offrent un environnement concret pour réfléchir à des notions comme la prise de décision, l’attention, la gestion des priorités, l’anticipation et l’analyse des erreurs. Ils constituent également une métaphore pédagogique particulièrement efficace pour parler du management.


Références scientifiques

  • Reingold, E. M. & Sheridan, H. (2014), travaux sur les mouvements oculaires et la détection des informations pertinentes chez les joueurs d’échecs.
  • Bilalić, M. et al. (2001), travaux sur l’encodage perceptif des configurations échiquéennes.
  • Sheridan, H. & Reingold, E. M. (2017), travaux sur la reconnaissance rapide de configurations visuelles complexes chez les joueurs d’échecs.
  • Küchelmann, T., Velentzas, K., Essig, K. & Schack, T. (2024), Expertise-dependent visuocognitive performance of chess players in mating tasks: evidence from eye movements during task processing, Frontiers in Psychology.
  • Études en interaction homme-machine consacrées aux effets des interruptions et des notifications sur l’activité cognitive et la performance au travail.

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