Prise de décision, anticipation, gestion de l’incertitude, stratégie et apprentissage par l’erreur : les échecs ne se limitent pas aux 64 cases de l’échiquier. Pour Christophe Czekaj et Christophe Testi, le jeu constitue même une véritable « boîte à outils » pour réfléchir autrement au monde de l’entreprise. « Une vraie boîte à outils » : pourquoi les échecs peuvent aider les salariés et les dirigeants.

« Une vraie boîte à outils » : pourquoi les échecs peuvent aider les salariés et les dirigeants selon Christophe Czekaj.
Lors d’une conférence organisée à la Foire de Châlons, les deux intervenants ont présenté plusieurs enseignements que les joueurs peuvent transposer dans leur vie professionnelle.
L’idée n’est évidemment pas de prétendre qu’une entreprise fonctionne comme une partie d’échecs. Mais certaines compétences mobilisées devant l’échiquier trouvent des prolongements intéressants dans le management et la prise de décision.
1. « Aidez vos pièces, elles vous aideront »
Aux échecs, une pièce isolée et mal coordonnée devient rapidement vulnérable.
Christophe Czekaj propose de transposer ce principe au management :
« Aidez vos collaborateurs, ils vous aideront. »
L’analogie est simple. Une pièce bénéficie davantage de ses partenaires lorsqu’elle est correctement soutenue. Il en va de même pour un collaborateur.
Un salarié qui dispose des bonnes informations, des ressources nécessaires et du soutien de son équipe est davantage en mesure de prendre des initiatives et d’être performant.
À l’inverse, laisser un collaborateur seul face à une difficulté peut conduire au découragement, à la perte d’efficacité ou à l’erreur.
Une première leçon de management
La performance individuelle dépend aussi de la qualité de l’environnement collectif.
Aux échecs comme dans l’entreprise, il ne suffit donc pas d’avoir de bonnes « pièces » : il faut également savoir les coordonner.
2. Prendre des décisions avec les informations disponibles
Une partie d’échecs est une succession de décisions.
Chaque joueur doit choisir son prochain coup en fonction de la position présente, des possibilités offertes par l’échiquier et des intentions supposées de son adversaire.
Particularité intéressante : les deux joueurs disposent théoriquement des mêmes informations.
Les échecs sont ainsi traditionnellement considérés comme un jeu à information complète : rien n’est caché à l’adversaire.
Pourtant, disposer des mêmes informations ne signifie pas prendre les mêmes décisions.
C’est précisément ce qui rend le jeu intéressant pour les dirigeants et les collaborateurs : l’information ne suffit pas. Il faut savoir l’interpréter.
Dans une entreprise, deux personnes peuvent disposer des mêmes données économiques, des mêmes indicateurs ou du même dossier client et parvenir à des conclusions différentes.
La compétence réside alors dans la capacité à :
- analyser les informations disponibles ;
- identifier les priorités ;
- évaluer les conséquences ;
- choisir une option ;
- assumer sa décision.
3. Décider malgré l’incertitude
La théorie des échecs repose sur une information complète. La pratique, elle, est beaucoup moins prévisible.
Pourquoi ?
Parce que l’adversaire peut toujours jouer un coup auquel vous n’aviez pas pensé.
C’est l’une des grandes difficultés du jeu : préparer un plan sans pouvoir contrôler totalement la réaction de l’autre.
Cette situation ressemble à de nombreuses décisions professionnelles.
Un dirigeant peut élaborer une stratégie commerciale, prévoir un investissement ou lancer un nouveau produit. Il ne maîtrise cependant jamais totalement les réactions des clients, des concurrents ou du marché.
Il faut donc apprendre à décider sans disposer de la solution parfaite.
Christophe Czekaj évoque à ce propos une partie qu’il avait perdue à force d’hésiter :
« J’ai voulu trouver la solution parfaite, et j’ai perdu trop de temps. »
Une leçon particulièrement intéressante pour l’entreprise.
La recherche de la décision parfaite peut devenir… une mauvaise décision
Dans certaines situations, ne pas décider constitue déjà une décision.
Le joueur d’échecs doit donc trouver un équilibre entre analyse et action.
4. Ne pas être constamment dans la réaction
C’est l’une des différences fondamentales entre tactique et stratégie.
La tactique correspond notamment aux opportunités immédiates : une pièce mal protégée, une combinaison, une attaque ou un gain matériel.
Lorsqu’une occasion se présente, il faut savoir la saisir.
Mais toutes les positions ne proposent pas une combinaison spectaculaire.
Il existe également des moments où il faut construire patiemment son jeu, améliorer ses pièces, préparer une attaque ou modifier progressivement la position.
C’est là qu’intervient la stratégie.
La tactique répond à la question : « Que puis-je faire maintenant ? »
La stratégie demande : « Où voulons-nous aller ? »
Cette distinction peut être transposée au monde professionnel.
Une entreprise qui fonctionne uniquement dans la réaction risque de passer son temps à gérer les urgences : problème client, retard, conflit, concurrent, baisse des ventes…
À l’inverse, une organisation stratégique consacre également du temps à préparer l’avenir.
Réagir est nécessaire. Anticiper est indispensable.
Les échecs enseignent ainsi une compétence particulièrement utile aux dirigeants : prendre de la hauteur avant d’agir.
5. Apprendre de ses erreurs
Dernier enseignement, et sans doute l’un des plus importants : la défaite peut devenir une source d’apprentissage.
Aux échecs, une partie perdue peut être analysée pendant des heures.
Pourquoi ai-je joué ce coup ?
À quel moment la position s’est-elle dégradée ?
Quelle était l’alternative ?
Quelle erreur a réellement provoqué la défaite ?
Cette culture de l’analyse permet de transformer un échec en expérience.
Christophe Czekaj fait ici référence à une célèbre phrase attribuée à Michael Jordan :
« J’ai échoué encore et encore dans ma vie, c’est pour ça que j’ai réussi. »
Le parallèle avec l’entreprise est particulièrement pertinent.
Une organisation qui considère chaque erreur comme une faute à sanctionner risque de favoriser une culture de la peur. Les collaborateurs chercheront alors surtout à éviter de prendre des risques.
À l’inverse, une entreprise capable d’analyser ses erreurs peut transformer certains échecs en capital d’expérience.
Cela ne signifie évidemment pas que toutes les erreurs sont acceptables. Mais une erreur correctement analysée peut éviter de reproduire le même problème.
Les 5 enseignements des échecs pour l’entreprise
| Échecs | Entreprise |
|---|---|
| Aider ses pièces | Soutenir ses collaborateurs |
| Analyser la position | Exploiter les informations disponibles |
| Jouer malgré l’incertitude | Décider sans attendre la certitude absolue |
| Construire un plan | Développer une vision stratégique |
| Analyser ses parties perdues | Apprendre de ses erreurs |
« Une vraie boîte à outils » : pourquoi les échecs peuvent aider les salariés et les dirigeants. Les échecs : un laboratoire de la décision
Ce qui rend les échecs particulièrement intéressants pour le monde professionnel, c’est qu’ils constituent une forme de laboratoire de la prise de décision.
Devant l’échiquier, le joueur doit constamment arbitrer entre plusieurs impératifs : réfléchir suffisamment, mais pas trop longtemps ; anticiper, mais rester capable de s’adapter ; saisir une opportunité, mais ne pas perdre de vue son objectif à long terme.
Ces tensions existent également dans la vie professionnelle.
Faut-il agir immédiatement ou attendre ?
Doit-on privilégier le court terme ou investir dans l’avenir ?
Faut-il prendre un risque ou sécuriser la situation ?
Doit-on suivre son plan initial ou s’adapter aux nouvelles informations ?
Autant de questions auxquelles le joueur d’échecs est confronté régulièrement.
Une lecture recommandée
Pour aller plus loin dans cette réflexion sur les liens entre stratégie, échecs et développement personnel, Christophe Czekaj propose aussi son ouvrage Devenez stratège de votre vie.

Une approche qui rappelle une idée essentielle : jouer aux échecs ne consiste pas seulement à chercher le meilleur coup. C’est aussi apprendre à mieux décider.
Et dans l’entreprise, cette compétence vaut parfois beaucoup plus qu’une partie gagnée.
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