La plus grande joueuse d’échecs de tous les temps restera sur l’échiquier de l’histoire, mais pas sur celui de la politique. En effet, elle a été sollicitée pour briguer la présidence de la République hongroise. Finalement, Judit Polgár décline la présidence de la Hongrie. Elle estime ne pas être en mesure d’assumer une telle responsabilité dans un pays profondément divisé. Cette décision témoigne une nouvelle fois de la lucidité et de l’humilité de l’ancienne championne.

Une candidature prestigieuse
Le nom de Judit Polgár est indissociable de l’histoire des échecs.
Considérée comme la meilleure joueuse de tous les temps, la Hongroise a révolutionné la place des femmes dans un univers longtemps dominé par les hommes. Au cours de sa carrière, elle est devenue Grand Maître à seulement 15 ans. Elle a battu le record de précocité détenu jusque-là par Bobby Fischer. De plus, elle a vaincu plusieurs champions du monde, parmi lesquels Garry Kasparov, Anatoli Karpov, Viswanathan Anand ou encore Boris Spassky.
Son immense popularité en Hongrie explique pourquoi plusieurs personnalités politiques ont souhaité la voir accéder à la magistrature suprême.
Judit Polgár décline la présidence de la Hongrie. « Je ne me sens pas capable d’assumer cette responsabilité »
Dans un message publié sur Facebook, Judit Polgár a remercié les initiateurs de cette proposition.
« Je considère comme l’honneur de ma vie la proposition de me présenter au poste de présidente de la République et je leur en suis extrêmement reconnaissante. »
Mais l’ancienne numéro un mondiale a immédiatement précisé les raisons de son refus.
Elle estime ne pas disposer de la force nécessaire pour assumer « la responsabilité historique d’unir une nation divisée ».
Une déclaration qui traduit une grande prudence face aux tensions politiques actuelles en Hongrie.
Le soutien du parti Tisza
Avant de rendre sa décision publique, Judit Polgár avait rencontré Péter Magyar, figure montante de l’opposition et dirigeant du parti Tisza.
Le groupe parlementaire avait officiellement apporté son soutien à sa candidature.
Toutefois, plusieurs observateurs ont souligné que cette désignation n’avait pas été précédée d’une large consultation de la société civile. Contrairement aux engagements affichés par le mouvement, cette consultation n’a pas eu lieu.
Après l’annonce du refus, Péter Magyar lui a adressé un message empreint de respect :
« Chère Judit, merci pour tout ce que vous avez fait pour la Hongrie ! Je peux sans doute dire au nom de plusieurs millions de Hongrois que, d’une manière ou d’une autre, nous continuerons à compter sur vous à l’avenir. »
Judit Polgár décline la présidence de la Hongrie. Une période de transition politique
Cette décision intervient dans un contexte institutionnel particulier.
À la suite d’une révision constitutionnelle, le mandat du président Tamás Sulyok a pris fin. Dans l’attente de l’élection d’un nouveau chef de l’État par le Parlement, les fonctions présidentielles sont assurées par intérim par la présidente du Parlement, Ágnes Forsthoffer.
Le Parlement dispose désormais d’un délai de trente jours pour élire un nouveau président de la République.
Les dirigeants du parti Tisza continuent toutefois de défendre l’idée d’une élection présidentielle au suffrage universel direct. Si une nouvelle Constitution venait à être adoptée, le prochain président pourrait n’exercer ses fonctions que de manière transitoire.
Une championne qui dépasse le cadre des échecs
Si Judit Polgár a toujours évité l’engagement politique, son influence dépasse largement le monde des 64 cases.
Depuis la fin de sa carrière professionnelle, elle consacre une grande partie de son temps à la promotion des échecs auprès des jeunes. Notamment, son programme éducatif Chess Palace aujourd’hui utilisé dans de nombreuses écoles hongroises. Ce programme permet de développer la logique, la concentration et la résolution de problèmes.
Commentatrice lors des plus grands tournois internationaux, conférencière et ambassadrice du jeu d’échecs, elle demeure l’une des personnalités les plus respectées de son pays.
L’analyse d’Échecs & Stratégie sur le choix de Judit Polgár de décliner la présidence de la Hongrie
Le refus de Judit Polgár rappelle que la notoriété sportive ne conduit pas nécessairement à une carrière politique.
Son message se distingue par son humilité. Plutôt que d’accepter une fonction prestigieuse, elle reconnaît publiquement ne pas se sentir en mesure d’assumer une mission qu’elle juge historique. En effet, il s’agit de rassembler un pays profondément divisé.
Cette décision est à l’image de sa carrière échiquéenne. Sur l’échiquier comme en dehors, Judit Polgár a toujours privilégié la lucidité à la recherche des honneurs.
Pour les amateurs d’échecs, elle restera avant tout celle qui a démontré qu’avec le talent, le travail et la détermination, les barrières pouvaient être renversées. Et c’est sans doute cet héritage, bien plus qu’une fonction présidentielle, qui continuera d’inspirer les générations futures.
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