Garry Kasparov répond aux questions

Dans une vidéo publiée sur la chaîne YouTube Wired, la légende des échecs Garry Kasparov répond aux questions les plus fréquentes des internautes sur le jeu d’échecs avec humour et franchise.

Pourquoi les joueurs d’échecs pointent-ils souvent les pièces ou les cases avec le majeur ?

C’est la toute première question de la vidéo. Avec le sourire, Kasparov répond :

« I don’t know, I never paid attention. »

Avant d’ajouter qu’il faudrait probablement demander à un psychologue pour comprendre l’origine de ce réflexe.

Garry Kasparov répond aux questions. Fou ou cavalier ?

À la question « Bishop or Knight ? », Kasparov répond avec humour :

« It depends if you are religious or not. »

Officiellement, le fou et le cavalier valent chacun trois points. Cette estimation est basée sur des évaluations théoriques, mais dans la pratique, leur valeur dépend entièrement de la position.

Dans les positions ouvertes, le fou est généralement supérieur grâce à sa longue portée. À l’inverse, dans les positions fermées, le cavalier devient fréquemment plus efficace en raison de sa capacité à sauter par-dessus les pièces.

Il faut également prendre en compte la structure de pions, les couleurs des cases contrôlées, le déséquilibre matériel et le plan stratégique pour déterminer quelle pièce est la plus précieuse.

Kasparov rappelle aussi que Bobby Fischer estimait le fou légèrement supérieur au cavalier. Les moteurs d’analyse modernes vont dans le même sens, évaluant parfois le fou à environ 3,25 points, contre 3 pour le cavalier, notamment parce que les statistiques montrent que la paire de fous constitue souvent un avantage décisif.

Faut-il développer toutes ses pièces mineures avant de sortir la Dame ?

Garry Kasparov répond aux questions

Le champion du monde des échecs Garry Kasparov & Philippe Dornbusch

La réponse de Kasparov est sans hésitation :

« The answer is yes. »

La Dame est la pièce la plus puissante du jeu, mais aussi l’une des plus vulnérables. Une sortie prématurée permet souvent à l’adversaire de gagner des tempos en l’attaquant, ce qui ralentit considérablement le développement.

Pourquoi les joueurs roquent-ils presque systématiquement ?

Même si le roque limite de temps en temps les déplacements du Roi, sa sécurité reste la priorité absolue.

En roquant, le Roi quitte le centre, où il est particulièrement exposé durant l’ouverture, tandis que la Tour est activée. C’est donc presque toujours le choix le plus sûr.

Garry Kasparov répond aux questions. Petit roque ou grand roque ?

À partir de deux positions proposées par les internautes, Kasparov explique que le petit roque conduit généralement à une partie plus calme et équilibrée.

Le grand roque, lui, est beaucoup plus ambitieux. Il favorise les attaques mais expose également davantage le Roi.

Dans la deuxième position présentée, Kasparov recommande le petit roque, qui offre une position très confortable, avant de conclure avec humour :

« Maybe it’s my age talking. »

Quels sont ses gambits préférés ?

Le champion d'échecs, farouche opposant à Vladimir Poutine, est au cœur de « Rematch ». Une série qui retrace sa défaite historique en 1997 face à l'ordinateur « Deep Blue ».

Kasparov ne cache pas ses préférences :

  • Avec les Blancs : le Gambit Evans de la partie italienne.
  • Avec les Noirs : le Gambit de la Volga, aussi appelé Gambit Benko.

Deux ouvertures très offensives qui correspondent parfaitement à son style de jeu.

Pourquoi Anand ou Carlsen ne jouent-ils jamais le Gambit du Roi ?

Selon Kasparov, les joueurs de très haut niveau évitent tout simplement ce type d’ouverture dans les parties sérieuses.

Les analyses modernes montrent que le Gambit du Roi conduit fréquemment à une position objectivement favorable aux Noirs si ceux-ci défendent correctement. Il est donc très improbable de voir Magnus Carlsen ou Viswanathan Anand l’utiliser dans une compétition majeure.

Garry Kasparov répond aux questions. Le Gambit Evans est-il encore jouable aujourd’hui ?

Kasparov nuance.

Il rappelle avoir notamment battu Anand avec cette ouverture lors de leur match de championnat du monde en 1995.

En revanche, face à un adversaire réputé pour sa préparation théorique, il recommande la prudence. Aujourd’hui, le Gambit Evans a quasiment disparu des tournois d’élite, où les défenses sont parfaitement étudiées.

Le contrôle du centre est-il la clé pour gagner ?

Kasparov répond que le contrôle du centre est effectivement l’un des principes fondamentaux des échecs.

Mais il rappelle également qu’il existe d’innombrables parties où un joueur domine le centre avant de perdre rapidement.

La priorité numéro un reste toujours la sécurité du Roi.

Garry Kasparov répond aux questions. Pourquoi le cavalier se déplace-t-il d’une manière aussi étrange ?

À cette dernière question, Kasparov explique que les règles des échecs sont le fruit d’un équilibre historique remarquable.

Chaque pièce possède un mouvement unique, contrairement à d’autres jeux de stratégie comme le Shogi japonais. Cette diversité crée une richesse tactique exceptionnelle et participe à l’équilibre du jeu depuis des siècles.


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