Un cavalier peut-il valoir moins que trois pions ? Sur une feuille de calcul, la question paraît simple. Devant l’échiquier, elle devient passionnante. Face à Awonder Liang, Jeffery Xiong choisit de céder une pièce pour transformer une finale apparemment paisible en une longue épreuve de défense. Une partie avec un extraordinaire sacrifice de cavalier.

Jouée le 12 octobre 2026 à Saint Louis, lors de la quatrième ronde du championnat des États-Unis, cette partie a été remise en lumière le 3 novembre par Merijn van Delft dans sa rubrique « Game of the Week » sur ChessBase. Xiong l’emporte au 68e coup. Mais le résultat ne raconte pas toute l’histoire : le sacrifice n’offrait pas une victoire forcée.
Une finale sans dames, mais pleine de possibilités
La partie commence par une ouverture des quatre cavaliers. Les dames disparaissent dès le neuvième coup, puis les tours sont échangées. Le combat repose désormais sur les pièces mineures, les pions et l’activité des rois.
Avant le 29e coup blanc, chaque camp possède un fou, un cavalier et six pions. L’équilibre matériel masque pourtant une différence essentielle : le roi blanc est déjà en c3, près de l’aile dame, tandis que le roi noir se trouve encore en e8.
Pour un joueur de club, c’est une invitation à changer de regard. Au lieu de chercher uniquement une attaque contre le roi, il faut examiner les pions que l’on pourrait libérer et les pièces capables de les accompagner.
Exercice stratégique : quel plan choisir avec les Blancs ? Envisagez un sacrifice positionnel.
Trait aux Blancs, après 28…Re8. Trouvez une transformation de la position qui donne un rôle majeur aux pions de l’aile dame. Calculez la réponse noire la plus naturelle, puis expliquez le plan des deux camps.
Le gain est-il forcé ? Prenez cinq à dix minutes avant de consulter l’indice.

À vous de jouer avec les Blancs !
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Ne comptez pas seulement les pièces. Regardez les pions noirs a7, b6 et c5 : que deviendraient vos pions a2, b3 et c4 si cette chaîne disparaissait ? Examinez une capture de cavalier sur a7 et calculez la suite avant de juger le sacrifice.
♟️ Voir la solution et les plans des deux camps
Le choix de Xiong : 29.Cxa7!
C’est un sacrifice positionnel, pas une combinaison qui force immédiatement le gain. Les Blancs acceptent de perdre un cavalier pour supprimer les pions noirs de l’aile dame.1. Accepter le sacrifice : 29…Cxa7 30.Fxb6 Cc6 31.Fxc5. Cette suite a été jouée. Les Blancs ont désormais un fou et six pions contre fou, cavalier et trois pions. Leurs pions a, b et c sont passés et liés : aucun pion noir ne peut les arrêter sur leurs colonnes ou les colonnes voisines.
Le plan blanc : avancer les pions avec le soutien du roi et du fou, tout en conservant une structure solide à l’aile roi. Dans la partie : 31…Rd7 32.a4 g5 33.Fd4 f5 34.Ff6 g4 35.f4. Puis 35…Ca7 36.Fd4 Cc6 37.b4 Rc7 38.a5. Les pions gagnent du terrain ; le fou protège leur progression et limite l’activité adverse.
2. Refuser le sacrifice est risqué :
sur 29…Rd7?, les Blancs disposent de 30.Fxb6! Cxa7 31.Fxa7. Ils ont éliminé les pions a7 et b6 tout en conservant leur fou. Une suite possible est 31…Rd6 32.a3, avec l’idée b4. Cette variante d’analyse montre pourquoi accepter immédiatement le cavalier constitue une réponse plus résistante.Le plan noir : bloquer les pions, coordonner le cavalier et le fou, et maintenir du contre-jeu à l’aile roi. Dans la partie, 38…Fc8 39.Fb6+ Rd7 40.b5 Fb7 installe une défense tenace. Le cavalier peut se replier et revenir donner des échecs ; l’avancée blanche ne se transforme pas automatiquement en promotion.
3. Comprendre le dénouement : après de longues manœuvres, la partie se termine par 65.Fd2 Ca7 66.Fa5 Fd7 67.c6! Cxc6 68.Rc5, et les Noirs abandonnent. Le dernier sacrifice de pion permet au roi blanc de pénétrer. Cette conclusion résulte de la défense effectivement jouée, et ne prouve pas que le sacrifice du 29e coup gagnait de force.
À retenir : les trois pions donnent une compensation concrète au cavalier sacrifié. Pour évaluer la position, comparez leur mobilité, le soutien du roi et les possibilités de blocage. La finale conserve des ressources de nulle pour les Noirs avec une défense précise.
Trois enseignements pour vos propres parties pour un sacrifice de cavalier
Évaluez ce que les pièces peuvent faire.
Une pièce supplémentaire ne résout pas tout si elle doit rester mobilisée contre des pions dangereux. Inversement, trois pions passés ne gagnent pas seuls : leur coordination avec le roi et le fou est déterminante.
Construisez aussi le plan adverse.
Avant de sacrifier, demandez-vous où l’adversaire peut établir un blocage, donner des échecs ou créer une menace sur l’autre aile. Cela évite de confondre une position agréable à jouer avec une position gagnante.
Conservez votre patience.
Entre le sacrifice du cavalier et l’abandon, près de quarante coups sont encore joués. La progression passe par des préparations et des réorganisations, pas par une poussée automatique des pions.
Cette partie offre une leçon précieuse : une bonne décision peut transformer la nature du problème posé à l’adversaire. Encore faut-il calculer les conséquences et rester attentif à ses ressources. À votre prochaine finale, ne demandez pas seulement « combien vaut ma pièce ? », mais aussi « quel rôle peut-elle encore jouer ? ».
Rejouer la partie complète Xiong–Liang avec un sacrifice de cavalier
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