Placés depuis sous arrestation à domicile à Kaboul, ils pourraient être sanctionnés par les autorités talibanes, qui ont suspendu la pratique des échecs dans le pays. La FIDE tente d’intervenir pour secourir ces trois joueurs afghans détenus après les Olympiades d’échecs de Samarcande.

Illustration réalisée avec une IA.
Les échecs peuvent-ils devenir dangereux pour ceux qui les pratiquent ? En Afghanistan, la question n’est malheureusement plus théorique.
Quelques jours après la fin des 46es Olympiades d’échecs à Samarcande, en Ouzbékistan, trois membres de la délégation afghane ont été retenus à leur retour dans leur pays. Khaiber Farazi, Habibullah Amini et Habibullah Guldoost sont désormais sous arrestation à domicile à Kaboul.
L’affaire suscite une vive inquiétude dans le monde des échecs. Elle illustre surtout la situation extrêmement particulière des joueurs afghans depuis que les autorités talibanes ont suspendu la pratique du jeu dans le pays.
Trois joueurs retenus à leur retour en Afghanistan
Les trois joueurs concernés sont Khaiber Farazi, Habibullah Amini et Habibullah Guldoost.
Farazi et Amini faisaient partie de l’équipe masculine engagée à Samarcande. Guldoost était, lui, le capitaine de l’équipe féminine afghane.
Selon les informations rapportées par El País, les trois hommes ont été interceptés à la frontière lors de leur retour. Leurs passeports auraient été confisqués avant qu’ils soient séparés puis reconduits à Kaboul.
Ils sont depuis maintenus à leur domicile sous surveillance.
Un quatrième joueur afghan, Mirzaad Sayed Wahabuddin, a en revanche pu rentrer dans le pays sans être inquiété. Cette différence de traitement ajoute encore aux interrogations entourant l’affaire.
La composition officielle des équipes confirme la présence de Farazi, Amini et Wahabuddin dans la sélection masculine, tandis que Guldoost apparaît comme capitaine de l’équipe féminine.
Pourquoi les échecs posent-ils problème aux autorités talibanes ?
Le contexte est essentiel pour comprendre cette affaire.
En Afghanistan, les autorités talibanes ont suspendu la pratique des échecs. Les clubs ont été fermés et la pratique du jeu peut entraîner des sanctions.
Le problème ne vient pas du fait que les échecs seraient explicitement interdits par toutes les interprétations de la loi islamique. Il résulte notamment de l’association faite par certaines interprétations rigoristes entre les échecs et les jeux d’argent.
Cette position contraste fortement avec la situation observée dans de nombreux autres pays à majorité musulmane où les échecs sont parfaitement autorisés et parfois même encouragés.
Pour les joueurs afghans, participer à une compétition internationale constitue donc une situation particulièrement délicate : ils peuvent représenter leur pays à l’étranger alors même que la pratique du jeu est interdite chez eux.
L’équipe afghane était pourtant bien présente à Samarcande
Cette participation n’était pas clandestine.
Les équipes afghanes figuraient officiellement parmi les participants aux Olympiades organisées à Samarcande du 16 au 27 septembre 2026.
La compétition a réuni un nombre record de formations : 208 équipes dans le tournoi Open et 192 dans le tournoi féminin, soit 400 équipes au total.
L’Afghanistan a donc participé ouvertement sous ses couleurs nationales.
L’équipe masculine a terminé avec 10 points de match et à la 128e place sur 206 équipes classées. La formation féminine a pris la 169e place sur 189 équipes.
Sur le plan sportif, ces résultats sont secondaires. Ce qui compte désormais est le sort réservé aux joueurs à leur retour.
La participation de l’équipe féminine au cœur des inquiétudes
L’affaire prend une dimension supplémentaire avec la présence d’une équipe féminine afghane à Samarcande.
Les quatre joueuses de cette équipe vivent à l’étranger. Elles ont donc pu participer librement à la compétition internationale, alors que les femmes restées en Afghanistan sont soumises à de très importantes restrictions dans de nombreux domaines de la vie publique.
Selon les informations publiées par El País, les autorités talibanes auraient notamment été informées de la participation de la délégation afghane sous le nom et le drapeau du pays.
La présence des joueuses afghanes à Samarcande, dans un environnement international réunissant hommes et femmes, pourrait également avoir contribué aux tensions. Il reste toutefois impossible d’affirmer avec certitude qu’elle constitue la cause directe de l’arrestation des trois joueurs.
Cette prudence est importante : les faits établis concernent la détention et l’arrestation à domicile ; les motivations précises des autorités et les sanctions éventuelles restent, elles, moins clairement établies.
La FIDE tente d’intervenir
L’affaire dépasse désormais les frontières de l’Afghanistan.
La Fédération internationale des échecs (FIDE) a annoncé son intention d’apporter son soutien aux joueurs concernés.
Son nouveau président, Timur Turlov, aurait indiqué que l’organisation allait travailler sur le dossier. D’autres responsables de la FIDE auraient également confirmé que des démarches diplomatiques étaient engagées.
Cette intervention est particulièrement importante.
La FIDE n’est pas seulement l’organisateur des grandes compétitions internationales. Elle représente également une communauté mondiale de joueurs et de fédérations nationales. L’affaire afghane pose donc une question fondamentale : jusqu’où une organisation sportive internationale peut-elle aller pour protéger des joueurs lorsqu’ils sont menacés en raison de leur pratique sportive ?
Le Parlement européen pourrait également intervenir
L’affaire a également dépassé le cadre strictement sportif.
Des élus européens cherchent à faire inscrire cette situation à l’ordre du Parlement européen dans le cadre d’une procédure d’urgence.
L’objectif serait d’attirer l’attention sur le sort des trois joueurs et sur les risques auxquels ils pourraient être exposés.
Cette dimension politique montre que l’affaire n’est plus simplement celle de trois joueurs ayant enfreint une interdiction sportive.
Elle touche à des questions beaucoup plus larges : liberté de pratiquer un sport, liberté de circulation, droits des femmes et capacité des organisations internationales à protéger leurs membres.
Trois joueurs afghans détenus après les Olympiades. Que risquent réellement les trois joueurs ?
C’est probablement la question la plus inquiétante.
À ce stade, il faut éviter toute conclusion définitive.
Les sources disponibles indiquent que les joueurs sont sous arrestation à domicile et que les autorités afghanes pourraient décider de sanctions. Certaines interprétations particulièrement radicales évoquées dans les médias font état de sanctions corporelles potentiellement très sévères.
Mais cela ne signifie pas qu’une telle sanction a été décidée contre les trois joueurs.
Le dossier reste donc évolutif.
Cette distinction est essentielle pour éviter de transformer une affaire déjà grave en information sensationnaliste.
Quand jouer aux échecs devient un acte de liberté
Cette affaire rappelle une réalité souvent oubliée dans les pays où les échecs sont considérés comme un simple loisir.
Un échiquier paraît inoffensif.
Soixante-quatre cases, trente-deux pièces et deux adversaires qui cherchent à prendre le dessus par la réflexion.
Pourtant, dans certaines circonstances politiques, le simple fait de jouer peut devenir un acte de liberté.
L’Afghanistan en fournit aujourd’hui un exemple particulièrement frappant.
Les trois joueurs détenus ne sont pas accusés d’avoir commis un acte violent. Leur situation est liée à leur participation à une compétition internationale consacrée à un jeu intellectuel.
Et ce jeu, ils l’ont pratiqué en représentant officiellement leur pays.
Les échecs, un langage universel
C’est peut-être là que réside le paradoxe de cette affaire.
Les Olympiades de Samarcande avaient précisément pour vocation de réunir des joueurs venus du monde entier autour d’un même langage : celui des échecs.
La FIDE annonçait avant la compétition un rassemblement record de 400 équipes venues des quatre coins du monde.
Sur l’échiquier, les nationalités disparaissent presque.
Un cavalier reste un cavalier, qu’il soit déplacé par un joueur français, indien, américain ou afghan.
Les règles sont les mêmes pour tous.
Mais une fois la partie terminée, les joueurs retrouvent leurs réalités nationales. Et pour certains, cette réalité peut être extrêmement difficile.
Trois joueurs afghans détenus après les Olympiades. Une partie dont l’issue reste inconnue
Pour l’instant, le monde des échecs attend donc de connaître la suite de l’affaire.
Les démarches de la FIDE permettront-elles d’obtenir la libération des trois joueurs ?
Les autorités afghanes décideront-elles de les sanctionner ?
Leur participation aux Olympiades sera-t-elle finalement considérée comme une infraction suffisamment grave pour entraîner des poursuites ?
Aucune de ces questions n’a encore de réponse définitive.
Une chose est certaine : les échecs afghans viennent de se retrouver au centre d’une crise qui dépasse largement le cadre sportif.
Et derrière les noms de Khaiber Farazi, Habibullah Amini et Habibullah Guldoost, c’est finalement une question universelle qui se pose : un jeu peut-il être interdit au point de mettre en danger ceux qui choisissent simplement d’y jouer ?
Pour les trois joueurs afghans, la réponse pourrait avoir des conséquences bien réelles.
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